« Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n’hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents. »

Maurice Allais, Prix Nobel de Sciences Économiques 1988

 

Les soubresauts de la crise de 2008 n'en finissent pas d'engendrer des retombées négatives sur l'économie mondiale. Ni l'Union Européenne, ni la Suisse ne sont épargnées, et le démantèlement du service public se produit partout, à une vitesse proportionnelle au délabrement économique des communautés. Aussi, bien que notre pays soit encore loin de déposer le bilan, on voit apparaître les symptômes d'un mal endémique et profond qui enlise toutes les sociétés dans le carcan inhumain d'une austérité inexorablement croissante.

Quel est la nature de ce mal ?

« Lorsqu'un gouvernement est dépendant des banquiers pour l'argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit. […] L'argent n'a pas de patrie ; les financiers n'ont pas de patriotisme et n'ont pas de décence ; leur unique objectif est le gain. »

Napoléon Bonaparte, (1769-1821)

 

La nature profonde de ce mal est la négligence de souveraineté monétaire, qui confine au déni. Cela concerne aujourd’hui toutes les populations de tous les pays. Cela arrive par l’adoption de lois qui abolissent les libertés civiles sous des prétextes factices. Ces lois induisent des modes de pensée qui tiennent de l'idée reçue bien plus que de la raison. Les services publics et les populations sont ainsi livrées pieds et poings liés aux intérêts financiers d'institutions privées à buts lucratifs : les banques commerciales.

Techniquement, le problème prend sa source dans le mode de création monétaire par le crédit bancaire. En effet, plus de 90 % de la masse monétaire circulant dans l’économie est issue du crédit bancaire, qui est une création monétaire privée. Cette monnaie de crédit n’est pas constituée d’espèces physique, pièces et billets, mais d’écritures, sous forme de chiffres dans des ordinateurs.

Lorsqu’une banque accorde un crédit, il s’agit en fait d’une écriture ex nihilo, et non d’un dépôt, ce que la majorité ignore. Cette écriture engendre une dette, grevée d’un intérêt et d’une exigence de remboursement. De de fait, la plus grande part de l’argent qui circule, non seulement coûte globalement à la société la somme des intérêts prélevés, mais de plus est appelé à sa destruction par le remboursement.

Notons en passant que l’argent servant à rétribuer les crédits par le moyen des intérêts n’est pas mis en circulation dans ce but. Il doit être extirpé de la richesse du pays par le moyen du travail. Ce qui est mis en circulation, c’est l’argent correspondant au principal d’une dette, jamais celui servant à payer l’intérêt.

On comprend donc que la dette sur la monnaie est non seulement condamnée par nature à être croissante, afin de payer des intérêts sur l’existence de l’argent, mais qu’elle est proprement insolvable. La société toute entière est devenue captive des banques privées. C’est à ce niveau que s’est produite la perte de souveraineté monétaire, qui est en fait le quatrième pouvoir régalien, que personne ne connaît plus.

Cela constitue une gigantesque machine à extorquer la richesse des sociétés, une « invincible pompe à fric », dont la fausse légitimité repose sur un vide législatif autant que sur un abus de dénomination des liquidité créées.

[ Ainsi les crédits émis par les banques ne portent jamais l’unité légale « franc suisse », pour la simple cause qu’il s’agit d’un substitut monétaire et non de la devise officielle du pays spécifiée dans la loi. Ce qui est le plus curieux, c’est que les cantons et la Confédération acceptent ce substitut monétaire comme moyen de paiement des impôts, rendant ainsi, sans le vouloir, la société suisse captive d’un système de monnaie n’ayant pas cours légal : une monnaie privée, bancaire. C.f. Réponse du Conseil Fédéral du 25.04.2012 à l’interpellation 12.3305 du 16.03.2012 sur la création monétaire en Suisse. ]

À quel niveau peut-on agir ?

Dans la gestion du bien public, le contrat de confiance dans la poursuite d'un bien commun n'est-il pas le lien essentiel entre la base et le sommet ? Les élites dirigeantes des États-nation, pourtant censées apporter remèdes aux maux dont la société souffre, ne sont-elles pas devenues sourdes à cette élémentaire justice ? En dehors de cette question, ce n'est pas à ce niveau que l'on peut agir facilement, bien que certains le tentent, car l'appareil est extrêmement lourd.

C'est en fait plutôt au niveau régional que des solutions sont possibles, et c'est la raison de cette proposition. Notre défi est d'ouvrir une brèche dans un mur d'incompréhension qui pousse les gouvernements à la mutilation financière du secteur public puis à son engourdissement et, in fine, à sa privatisation. La perte de souveraineté des états et des sociétés est programmée par la nature de la monnaie de crédit, mais nous avons les moyens locaux de contenir le phénomène sans douleur, ce que nous nous proposons de démontrer ici.

Ce défi s'adresse donc au niveau régional, cantonal en ce qui nous concerne, où les dirigeants, tant gouvernementaux que bancaires, sont fortement impliqués dans une vision de service public.

Le remède

Pour remédier à cet état de fait, nous proposons de concevoir un outil financier dont la structure permettra de contourner habilement les empêchements, de mener une véritable politique financière, qui amènera rapidement les moyens efficaces et légers d'une véritable politique budgétaire.

Le système est figé, les populations des pays semblent à première vue condamnées à l'esclavage de la dette. Et pourtant, au niveau régional, le système n'est pas aussi bien quadrillé ou bétonné qu'on pourrait le penser. Il y a même une ouverture béante, à laquelle personne ne pense, tant les habitudes et les modes de pensée sont captifs d'une conception étriquée qu'on croît être l’unique alternative.

Pour résumer notre affirmation : les chas d'aiguilles sont en fait suffisamment larges pour y faire passer, non pas seulement le fameux chameau, mais bel et bien toute la caravane.

Sursaut de conscience

Durant le courant du XXe siècle, toutes les nations se sont vues retirer leur pouvoir de création monétaire, sous les prétextes fallacieux de liberté de commerce des banques privées et de lutte contre l'inflation. En fait, ce sont des sociétés, pourtant démocratiques et souveraines qui ont été dépouillées de leurs prérogatives régaliennes. Il ne tient qu'à un léger sursaut de conscience de rétablir ce pouvoir, en usant des avantages de la liberté de commerce, mais cette fois-ci au bénéfice des sociétés. Il n'y a aucune raison de faire systématiquement profiter les milieux de la finance. Il est absolument nécessaire de définanciariser l'économie si on veut rétablir un régime équitable pour le service public.

Commençons la définanciarisation de notre service public.

[ définanciariser : néologisme, libérer la société de la tutelle de la haute finance. Vient de « financiarisation » : importance grandissante du recours au financement par endettement des agents économiques http://www.lexinter.net/JF/financiarisation_de_l'economie.htm ]